Pierre Arnould et son équipe ont fait du bon boulot. Tout cela grâce aux cavaliers et aux chevaux, bien entendu. Les années de travail, les heures au téléphone, le travail de sape et de persuasion vis à vis des instances dirigeantes ont porté leurs fruits. Les belges ont gagné à Compiègne avec panache, pas en attendant que les autres cassent, pas en faisant de sombres calculs, pas en ayant la peur au ventre. Bien sûr il y aura toujours des esprits chagrins pour critiquer ceci ou cela et attendre, sourire au lèvres, que tel cheval ou toute l'équipe se plante. Bien faire et laisser dire...
La Belgique a tout gagné et demain nous serons Champions du Monde... Pierre Arnould

Demain, nous serons Champions du Monde !
Eh voilà … On y a rêvé, pensé, oeuvré. Un soir d’août 2005 dans les forêts de
Compiègne, après quatre années de travail acharné, le rêve s’est concrétisé :
nous sommes devenus champions d’Europe. Par la grande porte : en battant la
légendaire équipe de France sur son terrain, dans son fief, devant ses
supporters. En faisant jeu égal avec les Emirats qui jouaient dans l’open :
Kristel n’est battue au sprint que d’une petite seconde et sans l’élimination
(discutable) de Léo, notre sélection prenait le meilleur sur celle de la famille
Maktoum. Mais qu’importe, il nous faut garder des objectifs pour d’autres
courses, d’autres championnats, d’autres défis. Aujourd’hui, il nous faut
surtout savourer les performances accomplies et constater que les équipes
nationales belges d’endurance équestre font partie, avec celles de la France,
des Emirats, de l’Australie et de l’Italie, du club des cinq meilleures nations
mondiales de la discipline. Une position consacrée par ces deux médailles d’or
européennes mais qu’on pressentait depuis maintenant deux ans, puisqu’en 5
sorties 2004-2005, nos sélections juniors et seniors ont ramené pas moins de 8
médailles dont la moitié en or.
Au soir du 26 août, j’étais bien entendu heureux mais pas surpris. Nos titres
européens (celui de Kristel Van den Abeele et celui de l’équipe) sont la
conséquence logique de la méthode mise en place dès 2001, lors de la préparation
du championnat du monde junior de Madrid où nous avions déjà d’ailleurs glané
une médaille de bronze par équipe.
Une méthode basée sur la discipline et la rigueur. Une méthode qui mise sur une
véritable préparation physique et psychologique. Qui fait la part belle à une
formation équestre classique. Qui mise sur les cavaliers plutôt que sur les
chevaux. Qui rappelle que nous pratiquons un sport de haute performance et qu’à
ce niveau, ce sont les petits détails qui amènent les grands résultats.
Cette méthode, je ne l’ai pas inventée. Tous les grands entraîneurs sportifs
prêchent à peu de chose près la même démarche, tandis qu’en matière d’endurance,
elle a été prouvée et éprouvée avant moi par Pierre Cazes. Mon ami, mon maître.
Celui qui m’a toujours inspiré et qui continuera à le faire de là-haut. Pierre
Cazes est LE visionnaire de l’endurance moderne. Celui qui a appliqué à notre
sport les techniques du haut niveau, les vertus de l’équitation classique et qui
a compris avant tout le monde que l’allure du cheval d’endurance était quasi
uniquement le galop. Grâce à son apport technique, les courses qui se gagnaient
autrefois à du 16 km/h se gagnent aujourd’hui à du 20 ; grâce à ses compétences
vétérinaires, la protection des chevaux est quasi intégrale ; grâce à ses
qualités d’administrateur, notre discipline a pignon sur rue à la FEI et
probablement bientôt au comité olympique ; grâce à son éthique et au groupe de
Toulouse qu’il avait fondé, l’endurance a gardé son âme.
Pierre Cazes, l’entraîneur historique de la fabuleuse équipe France est parti
trop tôt. Deux heures avant l’accident, il plaisantait avec moi au téléphone du
duel franco-belge qui allait probablement se jouer à Compiègne. Il n’a pu le
vivre. Il aurait pesté de perdre mais aurait adoré la magnifique course vécue
sur ce championnat.

Rome, septembre 2003. Un lendemain de championnat junior sans médaille pour la
Belgique. Il pleut. C’est Pierre Cazes et son adjoint Jérôme Boisson qui
viennent remonter le moral du staff belge : « Ne changez rien. Vous êtes sur la
bonne voie. Dans deux ans tout au plus vous gagnerez de l’or ». De Belgique
pourtant les critiques sifflent à nos oreilles … « Trop de discipline, trop dur
dans l’effort, trop exigeant psychologiquement. On ne sera jamais au niveau des
Français ou des Emirats. Notre élevage est moins qualiteux. Nos cavaliers moins
nombreux. Nos structures fragiles. Il faut rester modeste » …
Heureusement, j’ai mes convictions et autour de moi des frères indéfectibles :
Louis François (le meilleur maréchal du monde), Carl Duchêne (le meilleur
osthéopathe du monde) et Peter Wijnendaele (le meilleur véto du monde). Sans
eux, je ne serais rien. La Fédé est là aussi qui nous fait confiance : Ingmar
Devos, Marcel Nejszaten, Emile Docquier, Jacques Ghislain, … Alors on a
continué. Sans changer un iota. Bénévoles. En perdant du pognon. Comme la
plupart des cavaliers. Des anciens sont revenus (Leo Liesens, Jacques
Boulanger). Des nouveaux sont apparus (Karin Boulanger). L’alchimie a pris. Les
chevaux se sont magnifiés. Les résultats sont arrivés. Les sponsors aussi (Foran,
Sita, les Mutualités Neutres, LAS, Royal Horse, RST, la Région wallonne). Et le
titre enfin … Avec un Compiègne noir, jaune, rouge. Des dizaines de supporters
qui avaient fait le déplacement : de Bruxelles, de Flandre, de Wallonie. Des
assistances terrifiantes d’efficacité. Six chevaux et six cavaliers qui ont été
simplement sublimes. Qui ont fait honneur à la « méthode ». Qui nous ont apporté
une joie énorme. Qui nous ont rendu fiers d’être enduranciers. Fiers d’être
belges. Un petit pays, certes, mais avec du panache, de l’ambition et de la
classe. Soyons chauvins.
Mais restons les pieds sur terre. Une grande nation sportive est une nation qui
prouve et prouve encore. A l’heure où vous lisez ces lignes, nous sommes déjà
mentalement à Bahrein pour le Championnat du Monde des Juniors. Nous allons
bossé comme si nous avions tout à prouver. Fort de notre savoir-faire mais avide
de nouvelles émotions. Et puis, il y a ces Jeux Equestres Mondiaux de Aachen en
2006 avec une équipe senior qui sera forcément différente puisque trois de nos
meilleurs chevaux ont rejoint d’autres étendards (l’élevage belge serait-il
subitement devenu qualiteux ?). Qu’importe, les cavaliers eux sont toujours là
et de bonnes surprises aussi. Et puis, le travail et les défis : on aime ça !
Demain, nous serons Champions du Monde.
Ils seront donc 6 couples pour représenter la Belgique à Compiègne. Les
belges partiront le mercredi 24 tôt le matin, en route pour Compiègne. Arrivée
sur le site prévue vers midi et reconnaissance de la dernière boucle
immédiatement après.
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Dernière modification le
17/08/07