CONSEILS


LA PULPE DE BETTERAVES - MYTHES ET REALITE

Par Suzan Garlinghouse, traduction L.Liesens

La pulpe de betteraves n'est pas seulement l'aliment le plus gratifiant, mais aussi le plus frustrant pour le nutritionniste équin. 

Peu d'aliments ont à leur passif autant de mythes et de malédictions ! "Il gonflera et rompra l'estomac du cheval", "Il va l'obstruer", "Il contient trop de sucre", et "Il n'a aucune valeur nutritive de quelque nature que ce soit" … Pour ne citer que quelques affirmations péremptoires communément répandues. 

Soyons sérieux ! Et essayons de comprendre un peu mieux les teneurs alimentaires et les effets de cet aliment et voyons comment l'incorporer à une ration.

Les pulpes de betteraves sont le sous-produit résultant de la fabrication du sucre. Les processus d'extraction étant très efficaces, la pulpe restante contiendra peu ou pas de sucre et les fabricants d'aliments devront y ajouter des quantités variables de mélasse afin d'améliorer l'appétence et réduire la poussière. Bien que beaucoup de propriétaires de chevaux soient rétifs à l'utilisation de mélasse, il faut savoir que 5% par rapport à 10Kgs de pulpes équivaut seulement à 86 grammes, soit le sucre contenu dans quelques pommes… une paille !

Les aliments sont le plus généralement répertoriés comme fourrage, céréales ou supplément de protéines. Les aliments ayant une teneur en fibres supérieure à 18% sont considérés comme fourrages. Ceux qui contiennent moins de 18% de fibres et moins de 20% de protéines font partie de la catégorie des aliments concentrés. Ceux qui contiennent plus de 20% de protéines sont à ranger dans la catégorie des compléments protéiniques(lait déshydraté, farine de poisson, farines dérivées du soja). Il est souvent important de se reporter à ces définitions simples lorsque l'on est confronté aux étiquettes sibyllines des fabricants ! 

Maintenant, comment comparer la pulpe de betterave à ces aliments ?
En réalité, la pulpe de betterave est difficile à ranger dans la catégorie des fourrages ou des aliments. Avec 10% de protéines et 18% de fibres, elle se situe juste à la frontière. Beaucoup de nutritionnistes la classent et l'utilisent comme fourrage, en mentant sur ses énormes avantages !
Pour s'en convaincre, comparons les valeurs nutritives…

Type d'aliment Énergie(mcal/kg)   Comparé à la pulpe...
Huile végétale 8,98 385%
Grain de céréale 3,38 145%
Son de blé 2,94 126%
Avoine  2,85 122%
Foin luzerne(précoce) 2,33 100%
Foin de Timothy 1,77 76%

Notons que, bien que la pulpe soit plus riche en calories que n'importe quel fourrage, elle est plus pauvre en énergie que n'importe quel aliment concentré ! Cela signifie-il que la pulpe soit moins intéressante que les céréales ? Pas sûr…
Bien que la pulpe soit plus basse en énergie par kilo, elle est aussi plus basse en termes d'indice glycérique (taux en sucres simples et son effet sur la glycémie). Des aliments hauts en taux de glycémie se transforme rapidement en glucose dans le petit intestin, augmente le taux en glucose du sang et produise cette excitabilité que chacun connaît chez certains chevaux. Certains aiment monter le matin un Space Shuttle, d'autres préfèrent une Toyota ! En corollaire, ceci peut aussi engendrer des effets autrement plus ennuyeux, comme des coliques ou une myopathie.
Donc des aliments faibles en taux de glycémie ne vont pas produire d'augmentation notable du taux de glucose mais vont plutôt délivrer leur énergie sous forme d'acides gras volatiles.
Donc hormis la particularité d'éviter de transformer sa piste en Cap Canaveral, quelles sont les autres différences notables ?

Les aliments riches en énergie comme le mais par exemple restent plus énergétiques que la pulpe de betterave ! Vrai ! Mais pour les raisons citées plus haut, il faut les donner en petites quantités et en fractionnant. Par contre, la pulpe de betterave qui contient principalement des fibres solubles et insolubles… libère lentement son énergie en se décomposant, tout comme le foin. Alors que le foin contient des quantités variables de fibres insolubles, une portion importante des fibres de la pulpe sont de type soluble, comme la pectine (oui, celle qu'on utilise pour produire la gelée). La pectine se transforme facilement en énergie. Et comme la pulpe ne contient pas beaucoup d'hydrates de carbone solubles pouvant causer des problèmes de digestion, elle peut être donnée sans danger en plus grande quantité. Voilà pourquoi il peut être intéressant de remplacer une partie du fourrage habituel par de la pulpe afin d'augmenter sans danger le régime en calories.
Contrairement à la croyance populaire, il n'est pas nécessairement utile de faire tremper les pulpes au préalable. Dans certains cas, par temps très chaud ou très froid, il ne sera pas possible de donner des pulpes préalablement réhydratées, soit qu'elles gâteront, soit qu'elles gèleront avant d'être complètement consommées ! Des recherches menées dans diverses universités ont conclu que l'administration de pulpes sèches, jusqu'à 45% de la ration n'ont pas généré de problèmes. On a remarqué que c'est plutôt le comportement du cheval à la mangeoire qui est à mettre en cause, plus que le type d'aliment. Des chevaux qui ne mastiquent pas suffisamment ou n'ont pas un accès libre à une eau de bonne qualité seront plus enclins à développer des coliques. Dans ces cas, on utilisera les trucs habituels afin de ralentir l'ingestion et forcer la mastication : cailloux dans la mangeoire, incorporation de paillettes, etc… Donc à chacun de décider, mais en restant extrêmement prudent et vigilant ! 
Quant au risque de rupture de l'estomac qui pourrait être causé par la dilatation de la pulpe ingérée, il n'en est rien, compte tenu du mode de fonctionnement de l'estomac du cheval. La capacité de l'estomac est de 2 à 4 gallons, ce qui équivaut à 4 ½ à 9 ½ livres de pulpe sèche. Le transfert de nourriture de l'estomac vers le petit intestin dépend de divers facteurs, mais lorsque l'estomac atteint sa capacité maximale, les récepteurs dans la paroi de celui-ci vont déclencher l'émission de motiline, une hormone qui stimule la vidange de l'estomac vers le petit intestin. Comme la capacité totale du système gastro-intestinal est de près de 38 à 48 gallons, c'est plus que suffisant et ce n'est qu'un cheval souffrant d'obstruction qui serait en danger.
L'autre assertion de 'transfert des fluides du sang vers l'estomac engendrant une déshydratation' n'est non plus pas fondée. Quel que soit le type d'aliment, le cheval va boire généralement 3 à 4 litres par kilo de matière sèche. Si l'on sert des pulpes sèches, la quantité d'eau ingérée sera nettement supérieure qu'en cas de pulpe réhydratée.

Evidemment, on ne donnera pas de pulpe sèche durant ou après une course !!!

La pulpe est aussi une assez bonne source de calcium et pourra avantageusement équilibrer une ration trop riche en phosphore, surtout du fait de son taux relativement bas en protéines, contrairement à la luzerne.

De plus, comme le taux de protéines n'est pas excessif, la pulpe remplacera avantageusement la luzerne afin de rééquilibrer la ration en calcium.

Pour habituer le cheval à ingérer de la pulpe, il faut y aller progressivement. Par exemple en incorporant de la pulpe réhydratée à la ration de grain, ce qui forcera le cheval à goûter ce nouvel aliment. Ensuite à chacun de choisir sa méthode, soit en servant la pulpe à part, soit en l'incorporant au picotin.

Susan Garlinghouse (Article original --> cliquer ici)


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