CONSEILS


Influence du poids et de la condition sur les performances du cheval d'endurance

Par Suzan Garlinghouse

Un article qui peut appeler à une discussion dans les milieux de l'endurance et aussi à beaucoup de controverses. Il faut bien tenir compte du fait que l'étude a été menée sur la Tevis Cup, une course qui n'est en rien comparable à celles que nous avons en Europe : la vitesse est nettement plus basse à cause de l'extrême difficulté du parcours et du climat et du manque d'assistance ; la motivation des participants à la Tevis est différente de celle des Européens ('To finish is to win' est le moto de la Tevis). Donc prudence avec les conclusions... LL

Une étude supplémentaire a été effectuée sur la Tevis '98 ; rapport prochainement sur ce site.

Plus d'infos sur la Tevis : Cliquer ici (Français)  -  Click here (English)

Etude sur le poids et la condition effectuée sur la Tevis Cup en '95 et '96

Pour ceux qui ne connaissent pas la méthode permettant d'évaluer la condition d'un cheval, un article ultérieur traitera du sujet.

Pour ceux qui pense que 'évidemment que le poids fait une différence', et ont l'impression que cette étude affirme le contraire, veuillez svp lire très attentivement la conclusion - l'intérêt n'est pas de savoir si le poids fait la différence, mais comment le poids fait une différence par rapport aux performances des chevaux d'endurance -

INFLUENCE DE LA CONDITION SUR LA CAPACITE A TERMINER UNE COURSE DE 160 KMS

Résumé et conclusions

360 chevaux, principalement des chevaux d'origine arabe ou dérivés ayant de 5 à 22 ans et ayant une condition estimée de 1.5 à 5.5 (par rapport à une échelle de 1 à 9 comme décrite par Henneke 1985), participant à une des deux Tevis Cup de '95 ou '96. La condition estimée, le tour de canon, le poids total cavalier/harnachement, le tour de sangle et la taille ont été mesurés 11 à 18 heures avant la course et le poids du cheval a été estimé à partir de la formule de Caroll et Huntigton (1988). Un poids relatif a été calculé en divisant le poids du cavalier par le poids du cheval.

Il a été conclu que

Ce qui a permis de conclure que la condition estimée est un facteur plus important pour les chevaux d'endurance que ce que l'on croyait généralement, et que la condition estimée est un facteur plus important que le poids du cavalier ou le poids relatif (ratio poids cavalier/poids cheval)

Introduction

La condition estimée est un outil qui permet de déterminer la masse graisseuse visuellement et par palpation. Des études sur le cheval (Henneke 1981),sur le bétail (Pedron 1993, Waltner 1993, Domecq 1997), sur le mouton (Polliot 1976) ont démontré une relation positive entre la condition estimée et la capacité reproductrice et de lactation.

La condition du cheval est évaluée en étudiant six zones du corps du cheval. Des scores sont attribués, de 1 à 9 : 1 étant extrêmement émacié et 9 extrêmement gras. La couverture de graisse le long de l'encolure, le garrot, derrière l'épaule, aux côtes, à la base de la queue et le long de la ligne du dessus est évaluée individuellement et une moyenne est établie pour déterminer le score global.

Des études mettant en parallèle la condition estimée et la performance athlétique sont très limités. Lawrence (1992) ne rapporte pas de différence significative entre chevaux terminant et ne terminant pas une course d'élite de 160Kms. Gallagher rapporte que des trotteurs ont en moyenne 5.7 et les galopeurs 5.0 de condition estimée alors qu'ils sont en condition de course, mais ne compare pas cela aux performances. L'importance du poids du corps et de la quantité de graisse a reçu une attention considérable dans le cadre des marathoniens. Etant un poids mort, l'augmentation de la graisse corporelle augmente le poids et par là réduit la performance à un niveau de V02max élevé et par là contribue à l'apparition plus rapide de la fatigue (Cureton 1992). Sans que la composition de l'excédent de poids n'ait été évalué, des études de Thornton (1987) ont démontré qu'une augmentation de 10% de poids sur des chevaux à l'exercice sur un marcheur augmente la consommation d'oxygène de 15%.

Les objectifs de cette étude sont de caractériser la condition estimée et le poids cheval/cavalier dans une population de chevaux moyens (par opposition aux chevaux d'élite), et de quantifier et évaluer l'effet de la condition estimée, du poids du cheval, du poids du cavalier, du tour de canon sur les performances athlétiques en endurance.

Matériel et méthodes

Chevaux

360 chevaux (10 étalons, 84 juments, 266 hongres), principalement arabes (24 non arabes) participent à cette étude. L'age des chevaux varie de 5 à 22 ans. Les données ont été collectées en août 1995 et juillet 1996 durant l'inspection vétérinaire préliminaire de la Tevis Cup. La compétition se déroule en Californie, dans la Sierra Nevada sur un terrain particulièrement difficile et des conditions climatiques extrêmes. Les chevaux doivent monter 6.030m et descendre 7.657m sur des pistes étroites, escarpées avec de la boue, de la poussière, des cailloux. La température extrême va de 5°C à 50°C.

Collecte des données

Tous les participants subissent un examen approfondi par l'équipe vétérinaire à chaque arrêt : rythme cardiaque et respiratoire, hydratation, muqueuses, remplissage capillaire, tests d'auscultation et examens musculaire et osseux. Ces paramètres sont notés sur la carte vétérinaire voyageant avec le cavalier. Les allures sont également vérifiées. Durant la courses, le même processus se répète à 11 reprises et les chevaux qui ne remplissent pas les critères sont éliminés.

Les données sont collectées sur le cheval dessellé immédiatement après l'inspection vétérinaire : tour de sangle 4 pouces derrière le coude après l'expiration ; longueur du corps mesuré de la pointe de l'épaule à la pointe du jarret ; tour de canon incluant os, peau et tissus ; taille au garrot comme d'habitude.

Les scores de condition ont été donnés par inspection visuelle et tactile par un examinateur expérimenté, conformément à la méthode de Henneke. Le poids du cavalier et du harnachement est calculé par balance électronique.

Les données de la course ont été fournies par le secrétariat de la course et comprennent les temps intermédiaires (entre contrôles vétérinaires), paramètres d'inspection vétérinaire, raison d'élimination classées en quatre catégories : boiterie, métabolisme, hors-temps, abandon.

Le poids du cheval est estimé en fonction des formules de Milnet et Hewitt 1969, Hall 1971, Ensminger 1977, Leighton-Hardman 1980, utilisant le tour de sangle et la longueur du corps.

39 chevaux ont participé aux éditions 1995 et 1996 de la Tevis et sur ces 39 chevaux, 37 ont participé avec le même cavalier et ils ont été retirés des données de la deuxième édition afin d'éliminer les déviations.

Dix cavaliers dans la population choisie ont abandonné et il leur a été demandé la raison de leur abandon. Sur les dix, six ont abandonné à cause d'une blessure du cavalier et quatre ont eu un problème de boiterie ou métabolique. Ces quatre derniers ont été ré-incorporés dans les données et pas les six autres.

Résultats

Poids

Les données de 1995 et 1996 ont été combinées après examen statistique n'indiquant pas de différence significative. Une régression statistique a été utilisée pour déterminer l'effet de la condition sur le nombre de Kms parcourus. Valeur moyenne et écart type pour le poids du cheval, le poids du cavalier, poids relatif. Les chevaux qui ont terminé la course (Groupe S) et les chevaux qui ont été éliminés (Groupe U) apparaissent dans le Tableau 1.

Table 1. Weight carried during 160-km endurance ride

 

Tous les chevaux

Groupe S 

Groupe U

 

Range

Mean 

Range 

Mean

Range 

Mean

Poids du cheval (kg)*

318.2-488.2 

409.02 ± 34.04 

318.2-483.6

404.9 ± 33.23 

344.1-488.2 

413.8 ± 36.18

Poids du cavalier (kg)**

56

56.4-117.3

82.32 ± 11.46 

65.3-118.6 

85.3 ± 12.27

Poids relatif *** 

.149-.313 

.204 ± .03

.149-.313 

.20 ± .031 

.149-.307 

.213 ± .036

* Poids estimé du cheval
** Poids du cavalier et du harnachement
*** Poids du cavalier et du harnachement divisé par le poids du cheval

Parmi les chevaux qui ont participé, ni le poids du cavalier, ni le poids relatif n'ont une importance sur le taux de réussite. Le poids du cheval a par contre un effet sur le taux de réussite, car il appert que les chevaux avec une masse plus importante ont plus de chance de boiterie. Dans le Groupe S, le poids n'a aucune importance sur le temps de course ou sur la place obtenue. Dans le Groupe U, le poids n'a pas d'importance sur le nombre de Kms parcourus avant élimination.

Table 2. Condition scores within groups  

 

Range 

Mean

All entries 

1.5 - 5.5 

4.49 ± .60 

Group S 

3.5 - 5.5 

4.60 ± .53

Group U: 

1.5 - 5 

3.82 ± .87

Non-metabolic

3 - 5 

4.33 ± .42

Metabolic 

1.5 - 5 

2.88 ± .81

Dans le Groupe U, la condition estimée est très différente entre la population de chevaux éliminés pour raison métabolique et la population de chevaux éliminés pour boiterie. Les éliminés pour raison métabolique (colique, flutter, myopathie, déshydratation…) ont une condition de 2.88±.81. Les éliminés pour boiterie ou abandon ont une condition de 4.22±.42. On n'a noté aucune différence dans la condition entre les chevaux terminant dans le Top Ten et ceux qui ont simplement terminé la course.

Table 3. Completion rates, kilometers and miles completed within condition score groups. 

Condition
score

% completed

Average km
completed

Average miles 

1.5 

0.0 

35.96 

22.35

2.0 

4

0.0 

41.99 

26.10

2.5 

0.0 

53.22 

33.08

3.0 

21

9.5 

85.26 

52.99

3.5 

23

56.5 

86.93 

75.79

4.0 

88 

59.1 

121.95 

79.85

4.5 

84

64.3 

141.14 

87.72

5.0 

118 

90.7 

157.94 

98.16

5.5 

12 

100.0 

160.00 

100.0

La condition estimée a un effet significatif sur la chance de réussite. Aucun cheval avec une condition <3 n'a pu terminer, alors que ceux qui avait une condition=3 ont eu un taux de réussite de seulement 9,5%. C'est avec les chevaux ayant une condition entre 5 et 5,5 que le taux de réussite a été le plus élevé (respectivement 90,7 et 100%). Une régression statistique démontre qu'à chaque augmentation de un point dans la condition, 32 Kms de plus étaient parcourus avec succès.

Le tour de canon

Ce paramètre n'a aucun effet déterminant sur le taux de réussite ou sur le taux d'échec et n'est donc pas significatif.

Discussion et conclusions

Les courses d'endurance devenant de plus en plus compétitives, un certain effort a été fait pour classer les cavaliers en catégories de poids (du moins aux USA) et aussi un poids minimum a été défini dans les championnats. Malgré la grande variété de poids, l'étude montre que le poids du cavalier ou le poids relatif n'ont pas eu un effet significatif sur les performances. Ceci semble être en désaccord avec ce que l'on admet généralement concernant la dépense d'énergie en endurance. Il semble aussi que cela contredise les résultats de l'étude de Cureton(1992) sur l'effet du poids sur les performances humaines. De même, une étude de Pagan et Hintz(1986) indique que la dépense en énergie augmente avec le poids, ce qui suggérerait que des chevaux plus chargés serait plus vite fatigués.

Une explication possible serait l'intensité relativement basse du travail d'endurance. Bien que le glycogène stocké dans le muscle soit consommé à 50 ou 75% après un important travail d'endurance (Snow & Baxter 1981), des recherches ont démontré que ce sont les graisses qui fournissent la part d'énergie la plus importante durant le travail d'endurance et cela à un point tel que après plusieurs heures de travail submaximal, plus de 75% de l'énergie produite chez l'homme provient du métabolisme des graisses (Gollnick 1985/1988). Au niveau submaximal, la consommation d'énergie ne sera pas un facteur aussi critique et immédiat dans l'apparition de la fatigue que ce ne l'est dans le travail de haute intensité avec accumulation de lactates et consommation intense de glycogène. C'est pourquoi il est possible d'une charge plus importante n'a pas les mêmes conséquences en endurance que dans les sports de courses.

Les résultats de cette étude montre cependant que le poids affecte les performances des chevaux dont la masse propre est importante, et cela spécifiquement à cause des cas de boiteries. Traditionnellement, on pense que, en général, les grands chevaux d'atteignent pas de bonnes performances en endurance à cause de l'énergie nécessaire à leur locomotion ou à cause de plus grands besoins de dissipation de chaleur. Nos résultats n'ont pas montré que le poids du cheval a une influence sur le temps pour terminer la Tevis ou les complications métaboliques, comme on aurait pu le penser. Cependant les résultats montrent clairement le lien entre le poids du cheval et la boiterie, ce qui semblerait signifier que ce sont des raisons mécaniques qui interviennent. Il a été aussi intéressant de noter qu'il n'y a pas d'augmentation proportionnelle entre le tour de canon et le poids du cheval. Bien qu'il y ait beaucoup d'autres facteurs qui puisse provoquer une boiterie, on peut raisonnablement supposer que si la section du métacarpe n'augmente pas en proportion des forces qui agissent, les risques d'incident traumatique iront en augmentant.

Ces résultats concernant le poids du cavalier et du cheval pourrait être pris en considération lors de l'examen final pour l'attribution de la meilleure condition. Il semble donc que le poids du cavalier (dans des limites raisonnables) n'handicape pas le cheval d'endurance.

Les résultats de cette étude montrent un score de condition entre 4.49 et 4.60 pour les chevaux ayant terminé la Tevis. Ces chiffres peuvent ête comparés à ceux récoltés lors de la Course des Champions Purina 1990, où l'on a enregistré des scores de 4.67, 4 .43 et 4.77 avec des chevaux de grande classe ayant terminé la course. L'étude lors de la course des Champions n'a pas eu de conclusion significative, contrairement à celle-ci sur la Tevis. Une explication pourrait être recherchée dans le fait que la Course des Champions aligne des chevaux de grande classe représentant une population d'élite alors que ceux de la Tevis constitue une population plus mélangée. Il est un fait que la Course des Champions a un critère de qualification strict qui restreint le nombre d'engagements et par là constitue une population statistique plus faible (57 chevaux). Ces deux facteurs peuvent expliquer à suffisance ces différences de conclusions.

La différence significative entre les scores de condition des chevaux qui terminent et les autres donne une indication sur le niveau optimum de condition (taux de graisse). En plus la différence de scores entre la population de chevaux qui terminent et celle de ceux qui sont éliminés pour raisons métaboliques donne aussi une bonne indication sur les besoins en graisse dans l'effort à un niveau submaximal. Une baisse de la graisse corporelle et par là du score de condition peut être obtenue soit par une baisse dans la ration soit par une augmentation de l'intensité de l'entraînement. Il est peu probable que le cavalier d'endurance mette son cheval au régime, donc on peut conclure que c'est l'entraînement qui est plus poussé. Des chevaux dans ces conditions peuvent perdre non seulement de la graisse mais aussi de la masse musculaire (Forbes, 1985) et ceci peut expliquer pourquoi ces chevaux rencontrent plus de problèmes d'ordre métabolique.

Il était intéressant de constater que aucun cheval n'a obtenu un score de condition supérieur à 5.5. Il n'a pas été demandé quels types d'entraînement avaient été suivis pour la préparation à la Tevis, mais on peut conclure que un programme correct d'entraînement a inévitablement façonné un cheval avec une condition suffisante et éliminé les sujets grassouillets.

En ce qui concerne la Tevis Cup, il s'agit d'une course particulièrement éprouvante, courue à une vitesse moindre que la plupart des courses de 160Kms et attirant des chevaux et des cavaliers moins compétitifs. Il serait intéressant d'effectuer la même étude sur d'autres courses et sous d'autres conditions climatiques.

Acknowledgments 

The authors wish to thank the Board of Governors of the Western States Trail Foundation, ride director Larry Suddjian, Karen Nelson (for the innitial conversations) and the many endurance horses and riders who supported and participated in this study. Funding was provided by the Diack/Evans Research Trust and the Garlinghouse Equine Research Fund, and this support is gratefully acknowledged. 

References

Copyright Susan Garlinghouse, 1998.


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Dernière modification le 17/08/07