CHRONIQUES - Sultan's Cup - WEC2008 Pre-ride


Malaisie - Terengganu 2006

Un an après le premier pre-ride, voici le deuxième demandé par la FEI pour s'assurer qu'une course d'endurance est possible sous ces latitudes et que la Malaisie est capable de prendre soin des chevaux et de toute la logistique. En toile de fond évidemment, se profile le lobbying des Etats du Golfe qui préféreraient une course chez eux ou directement sponsorisée par leurs soins.
Pour se mettre dans le bain, deux reportages en anglais de l'époque :
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Mais aussi un reportage publié dans un magazine français publié en extenso ci-après.

 


Le vainqueur de l'édition 2006


Le deuxième, Azreal


Entraînement avec SAR le Roi de Malaisie


Briefing avant la course


Rassemblement avant le départ


Pluie de mousson


Réunion avec les représentants FEI


Représentants FEI


Au point d'eau... SAR le Roi au centre


Parcours typique de Terengganu
Couleur locale


John Crandell, vainqueur de la Tevis '06


Parcours lors de la course de Juillet07


Vainqueur(Bubble) à 15KM/H en Juil07


Kuala Lumpur


Sutra Beach Resort (Log Cavaliers)


Départ de la 40km


Trotting


Vainqueur de la 1ère 160km


Centre équestre Ar-Raudah(Selangor)


Course en 2006 à Ar Raudah

The Sultan's Cup – Terengganu, Malaysia

Reportage de la course de Novembre 2006

Avec son climat tropical, la Malaisie relève un énorme défi en voulant organiser les prochains Championnats du Monde d'endurance. D'abord un défi contre les éléments naturels, température et humidité qui n'ont strictement rien à voir avec ce que l'on connait dans nos contrées. Ici la température dépasse allègrement les 35°C  durant la journée, ce qui ne serait pas extraordinaire en soi mais une chaleur pareille combinée avec une humidité relative de près de 80%, voilà un cocktail explosif. La nuit, la température chute aux environs des 20°C mais l'humidité augmente encore pour dépasser les 90%.

Ensuite, comme la politique et ses enjeux financiers ne sont jamais très loin des décisions de la FEI, le nouveau Roi de Malaisie aura fort à faire pour séduire la FEI et la convaincre d'envisager l'endurance autrement. A ce jeu là, la Malaisie ne pèse pas aussi lourd que les Etats du Golfe qui se verraient bien organiser un autre Championnat du Monde. Dubaï, Abu Dhabi et le Bahreïn ont déjà toutes les infrastructures et l'expérience des grands rassemblements mondiaux. Mais voilà… La FEI avait accordé à la Malaisie le droit d'organisation du WEC2008 lors de la réunion de son Bureau au Bahreïn le 6 décembre 2005. Ensuite lors de son Bureau du 18 novembre à Dubaï, la FEI a assorti sa décision de conditions. Il fallait réussir une épreuve test sur 160Kms.

La préoccupation essentielle de la FEI concernait la faisabilité d'un tel effort sur 160kms dans un pays au climat tropical. La FEI a traduit ses exigences en chiffres: la course de test devrait atteindre un minimum de 40% de réussite à une vitesse minimale de 10Km/H. Pas vraiment un gros problème dans les pays où l'endurance est pratiquée habituellement, mais pour ce qui est de la Malaisie, c'est une barre difficile à atteindre.

Pourtant, lors de la course de test qui s'est déroulée le 25 novembre, le pari fut gagné avec 12 chevaux à l'arrivée sur 22 partants, soit un taux de réussite de 57%. Le gagnant, l'étalon AS Shiffa Kassan monté par Nik Sabarudin Bin Dau a parcouru la distance à la vitesse de 12.65Km/H. Le second, Azreal, un anglo monté par Faizal Ismail termina à la moyenne de 12.41 tandis que la troisième place revenait à Blue Moon sous la selle de Dato' Abdulla Bin Taib.

Ce trio a tourné à plus de 12Km/H, chacun des trois gagnant par là sa qualification pour les Championnats. Comparée à n'importe quelle course européenne, cette vitesse moyenne de 12Km/H peut sembler dérisoire mais il faut tenir compte des conditions de course. Toute la question est de savoir si la vitesse peut augmenter… Difficile de répondre sans posséder d'expérience de l'entraînement de chevaux sous les tropiques. Il semble néanmoins que les chevaux auraient pu être en meilleure condition. D'un côté les cavaliers malais n'ont pas une très large expérience de l'entraînement d'endurance et de l'autre, Paul Brown, l'entraîneur australien des chevaux de SAR Sultan Mizan n'a pas eu vraiment beaucoup de temps pour préparer ses recrues qui revenaient d'Europe. Les chevaux sont entraînés à des vitesses très basses et personne n'a encore osé s'essayer à hausser le rythme. Il faudrait voir comment les chevaux pourraient encaisser un canter d'une heure ou plus sur la plage, prendre des mesures scientifiques et faire des comparaisons entre les différents individus. On n'a pas non plus de données sur l'acclimatation de chevaux de haut niveau. Les malais ont importé tous leurs chevaux d'Australie, mais ce ne sont pas les meilleurs et encore moins des chevaux d'expérience.

On peut néanmoins raisonnablement penser que les cracks expédiés des Emirats, d'Australie et d'Europe pourraient faire bien mieux. Mais une chose est néanmoins certaine – ce ne sera pas du tout une course de vitesse.

La tactique que les équipes devront adopter lors du WEC2008 sera différente de ce que l'on voit d'habitude. Il faudra calquer sa course sur ses concurrents et rouler à l'économie sans trop puiser dans ses réserves et laisser l'autre aller à la faute. L'option sera probablement de chercher à survivre dans ces conditions difficiles et de rester patient. Plus que partout ailleurs, le slogan "une course n'est gagnée qu'une fois la ligne franchie et le contrôle passé" s'appliquera plus que jamais.

 

Le village d'endurance flambant neuf érigé à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Kuala Terenganu est de la meilleure veine et est déjà prêt à accueillir de grandes compétitions internationales. Une longue allée sablonneuse menant aux portes de départ et d'arrivée; une enceinte herbeuse pour le grooming entre les portes d'arrivé et de départ et l'entrée du vetgate; une aire vétérinaire bien dessinée avec des zones ombragées et un bon sol pour le trotting; des écuries de quarantaines dessinées en croix; des quartiers VIP avec restaurant d'un côté et villas de l'autre; une clinique équine; un centre pour les médias. On ne peut terminer ce descriptif du village d'endurance sans pointer cette très bonne idée avec ce pont surplombant les portes de départ/arrivée pour donner une vue plongeante et à 360° de l'ensemble du complexe, concept qui sera certainement copié. Bref tout cela est parfait pour de grosses compétitions comme le WEC.

Le tracé de la Sultan's Cup était dessiné comme suit pour l'épreuve de test: sept boucles (30, 30, 26, 24, 25, 15, and 10Kms) avec à chaque fois un temps d'arrêt de 50 minutes et une représentation obligatoire à partir de la troisième étape. En augmentant le nombre de boucle et par là le nombre d'occasions d'examiner les chevaux, les vétérinaires essayent légitimement de protéger l'animal, mais beaucoup de cavaliers ne sont pas de cet avis. Il avait même été initialement prévu d'instaurer un réexamen obligatoire à partir de la deuxième étape, soit seulement après 60Kms mais l'initiative a été heureusement abandonnée au moment du briefing initial.

Tous les cavaliers étrangers pensaient qu'un tracé en six étapes aurait été préférable. Il fut aussi suggéré de pouvoir faire rentrer exceptionnellement les chevaux dans les écuries climatisées durant leur période de repos, il va sans dire que cela se ferait sous la surveillance d'un steward FEI. Permettre au cheval de se reposer au frais, de boire, de manger tranquillement reste encore le meilleur moyen de l'aider à récupérer et de mieux appréhender ces difficiles conditions de course.

Une autre critique émise par les cavaliers concernait le tracé des boucles quatre et cinq ramenant les chevaux vers le village puis les forçant à s'en éloigner. Pas bon tout cela pour le mental des chevaux!

Sur le parcours, des bacs d'eau étaient disposes tous les cinq kilomètres avec des stewards chargés d'arroser les chevaux et de distribuer de l'eau de boisson aux concurrents. Il faudrait éventuellement prévoir aussi des bacs d'eau glacée et tester l'effet sur les chevaux. Des ventilateurs projetant de l'eau froide étaient placés à certains points de ravitaillement mais effrayaient en général les chevaux, les empêchant de plonger la tête pour boire. Le pointage du passage des chevaux semblait par contre exagéré avec des stewards postés tous les dix kilomètres. Il aurait mieux valu utiliser ce personnel sur les points d'eau pour aider à l'arrosage des chevaux.

La FEI avait envoyé à Terengganu trois représentants chargés d'évaluer la prestation du Comité Organisateur et surtout de suivre la performance des chevaux tout au long de la course. Dr Hallvard Sommerseth (Norvège) présidait le Comité Technique et était assisté de Dr Jim Bryant (Canada) et Mr John Robertson (Angleterre). Le lendemain de la course, une réunion entre les représentants de la FEI et les cavaliers étrangers présents permit de faire le point de la situation et chacun put exprimer son opinion. A part les critiques émises sur la qualité de l'organisation du chronométrage et du contrôle initial des chevaux, les représentants FEI et les cavaliers invités étaient assez satisfaits. Beaucoup de points dans l'organisation sont facilement corrigeables et il suffit pour cela que le Comité organisateur prenne comme modèle ce qui se fait chez nous ou à Dubai. Avec une grosse vingtaine de chevaux, un peu d'anarchie ne prête pas à conséquence, mais sur un Championnat tout doit rouler. Terengganu aura encore au moins deux épreuves pour parfaire son organisation et gageons que SAR Sultan Misan fera tout pour la réussite de son projet.

 

Côté sportif maintenant, que peut-on dire de cette course? Le terrain était de très bonne facture, plat, et constitué principalement de larges routes agricoles reliant les plantations de palmiers. Un sol de terre ou de gravillons et parfois des passages de sable ou de boue, mais absolument aucun danger. Le départ fut donné à 17 heures et la première étape s'est déroulée dans la clarté alors que le reste de la course, jusqu'au Km125, s'est déroulé de nuit. Alors que de jour l'humidité oscillait autour des 60 à 70%, la nuit vit le taux grimper à 90%. Pendant les arrêts aux points d'eau, lors de l'arrosage et malgré une température ambiante de 25°C, la vapeur s'échappait littéralement du corps des chevaux. Il est clair que le plus grand défi sous ces climats est de lutter contre l'élévation de la température corporelle. L'endurance équestre est certainement possible mais sous certaines conditions. La machine cheval n'est pas des plus performante en termes d'utilisation de l'énergie consommée pour le mouvement. En fait pas plus de 20% n'est effectivement utilisé. Le reste part en chaleur et il faut lutter contre cette chaleur, ce qui consomme encore des calories supplémentaires. On a déjà constaté à quel point les chevaux ventilent dans nos régions lorsqu'il fait chaud et humide mais avec une gestion adéquate, ils y arrivent. Il faudra donc déterminer dans quelle mesure nos chevaux pourront s'acclimater et combien de temps il leur faudra pour adapter leur métabolisme. Ce sera pareil pour les cavaliers qui auront à gérer leur déshydratation. John Crandell, l'américain qui a cette année gagné la Tevis Cup et le Old Dominion, résumait bien la situation: "Je n'ai jamais autant bu sur une course, oh sûrement plus de huit litres et à chaque fois que je voulais faire pipi, rien qu'un petit jet, c'est tout dire".

Sur la 160Kms, tous les chevaux ont navigué au trot, ne dépassant que très épisodiquement les 14 ou 15Km/H. Il fallait vraiment se forcer à ralentir les chevaux en début de course pour éviter d'aller trop vite et suivre ainsi les instructions de Paul Brown, l'entraîneur de Sultan Mizan qui nous confiait ses chevaux. "Gardez un gentil trot pour aider la ventilation, évitez toute accélération, ne repassez pas au pas, surtout pas de canter", voilà quelles étaient les instructions de l'entraîneur qui voulait avant tout voir terminer un maximum de chevaux, test FEI oblige.

 

 

La Malaisie et les chevaux
La Malaisie n'est pas un pays de chevaux, ni de cavaliers d'ailleurs, le climat n'étant pas propice aux équins. Il y a bien une race locale de poneys (Deli Ponies) mais il faut bien dire que la pratique des sports équestres est réservée à une élite de la population. Ici tous les chevaux sont stationnés dans des centres équestres où travaillent une multitude de grooms. La main d'œuvre y est très bon marché – un groom gagne 150 euros par mois – mais par contre les coûts d'entretien d'un cheval sont comparables aux nôtres -  250 euros par mois pour loger un cheval dans un centre équestre. L'herbe ici ne pousse pas bien à cause des sols acides et les espèces ne se régénèrent pas naturellement à cause des conditions climatiques et il y a donc très peu de pâturages. Toute l'alimentation des chevaux, foin de Timothy et de luzerne  et mélanges de grains, est importée d'Australie.

Les disciplines équestres traditionnelles, obstacle, dressage et complet sont pratiquées dans les grands centres équestres et la Malaisie obtient de bons résultats au niveau international, et récemment la médaille d'argent en dressage aux Jeux Asiatiques. A côté des disciplines classiques, le polo subsiste comme héritage de l'empire britannique ainsi que les courses de plat. Comme le pays compte une large population de chinois, l'industrie des courses y est florissante avec des réunions chaque semaine réparties sur les quatre hippodromes – y compris celui de Singapour –. La Malaisie importe chaque année plusieurs centaines de chevaux de course.

L'endurance dans ce pays a démarré en 1999 après que la Malaisie ait gagné sa qualification pour Dubai 98. A ce moment, il n'y avait que des chevaux réformés du polo ou de la course de plat, donc des purs sangs anglais. Maintenant, on compte plus de 50 purs arabes, la plupart sont importés d'Australie via Peter Toft. La discipline attire de plus en plus d'adeptes et le nombre de cavaliers d'endurance a dépassé la centaine. La première course de 160Km eut lieu en 2005 à Ar Raudah, un centre équestre à 60km de Kuala Lumpur. La course était très technique dans un paysage vallonné et fut courue dans des conditions climatiques difficiles. Sur les onze chevaux au départ on ne comptait qu'un seul rescapé. Cette année, le même cheval (Malin) gagnait une nouvelle fois, mais à Terengganu, sur la 160km et à plus de 12Km/H. Il gagnait ainsi sa qualification pour participer au WEG2006 à Aachen.

Il faut savoir que toutes les courses se déroulent de nuit, souvent avec un départ de la 120 (ou de la 160) en fin d'après midi pour une première boucle dans la clarté. Difficile à dire si cela perturbe le cheval. Pour le cavalier en tous cas, c'est une nuit blanche assurée si tout va bien et avec les soins aux chevaux et la remise des prix du lendemain, ce n'est que la nuit suivante que l'on peut récupérer. Mais n'est-ce pas cela l'endurance ?

 

 

 

Le WEC2008

SAR Sultan Mizan a été couronné Roi de Malaisie en décembre dernier, quelques jours après la course des Jeux Asiatiques, l'empêchant de participer avec son équipe à l'épreuve de 120Kms au Qatar. La Malaisie est régie par une monarchie constitutionnelle avec  cette loi originale qui fait alterner tous les cinq ans la couronne royale entre les neufs sultans. Sultan Mizan qui est donc l'actuel Roi de Malaisie est un passionné d'endurance. En deux ans il s'est constitué un piquet d'une bonne vingtaine de chevaux australiens. Le projet d'organiser les Championnats du Monde a germé dans le cadre d'une série d'actions destinées à promouvoir la Malaisie pour célébrer ses 50 ans d'existence.

Le village d'endurance est pratiquement terminé et il ne reste qu'à parachever les écuries de quarantaine. Cette année, une deuxième course test aura lieu en août où l'on espère voir à l'œuvre des chevaux étrangers. Pour les Championnats du Monde 2008, l'organisation a promis d'inviter toutes les nations suivant le même modèle que les Emirats Arabes, donc en prenant en charge tous les frais de transport et de subsistance des chevaux, cavaliers et accompagnants.

Reste maintenant à voir si la FEI va officialiser le résultat de l'épreuve 2006 et confier définitivement l'organisation à la Malaisie.

Affaire à suivre…

 

 

 

   

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