Notre nouvelle Championne d'Europe a vécu des moments inoubliables et elle se souviendra sûrement toujours de cette fin de course puis de ce sprint contre Georgat. Kristel nous parle ici sans réserves, avec son coeur.

Il est 5 :40 du matin et le petit jour n’a pas encore pointé le bout de son nez.
Les belges sont cependant déjà à cheval pour le « warm-up » pour une course dont
ils ne se doutent pas encore qu’elle sera dans les annales. La future championne
d’Europe craint les coups de pieds à l’entrée de l’hippodrome et Pierre l’aide à
calmer son cheval.
Kristel nous dit : « Sur l’hippodrome Chan est bien, pas de stress, je
marche, je trotte calmement dans les 2 sens, on fait un petit canter…elle est
parfaitement à l’écoute ».
5h55… la ligne de départ provisoire commence a se déplacer vers la vraie
ligne. Les 6 Belges sont alignés comme pour une charge. Le décompte, et c’est
parti pour 160kms de joie ou de souffrance.
Kristel raconte : « Je savais comment faire la première boucle : me coller
derrière Léo ou Jacquot, les 2 cavaliers les plus expérimentés, pour ne pas
brûler la jument… Léo prend les commandements, « Karin, calme toi, reste
derrière ». Ce serait donc Léo que j’allais suivre ».
Les belges sortent groupés de l’hippodrome. Les autres sont à plus de 50 mètres,
ce qui est parfait pour les belges qui voulaient courir comme cela au début en
appliquant une tactique d'équipe.

Kristel : « Léo garde un beau rythme, Chanice galope comme un charme
derrière. Je prend ma banane de ma poche ( pas eu le courage de manger avant le
départ), et je mange calmement, au milieu des bois, dans le noir, sur une jument
que je sens en superforme… c’est un rêve ».
La rivière est déjà en vue mais aussi les zigzags entre les arbres. Le jour se
lève sur une belle journée…
Le pont traversé, la première côte à franchir...
Kristel se rappelle : « Léo
décide de lever le pied : pas de chevaux en vue derrière. On dévore les collines
à l’aise, il y a du bruit derrière. Tricia qui nous a accompagné jusque là part
seule. On laisse faire. Léo, Karin et moi on se retrouve avec 2 étalons russes,
les autres Belges suivent un peu plus loin dans un groupe avec des français et
des emiratis. Je suis mon guide en confiance, c’est lui qui m’amène au premier
vet avec un cheval qui rentre de suite avec un cardiaque de 52 : merci Léo
».

Kristel ne peut plus s’arrêter de raconter : « Tout se passe avec un
professionnalisme digne d’un championnat autour de Chanice pendant les 40
minutes de repos, Emile a son équipe bien en main. Je m’assieds et j’admire… le
rêve continue ».
Tous les belges ont passé vite le contrôle. La tête de course est très serrée,
une trentaine de cavaliers sur quelques minutes. Les temps d’entrée au vet vont
sûrement être un élément déterminant.
8h44… Kristel repart en 3e position, avec 18 minutes de retard sur Tricia,
l’anglaise qui a été très fort, incroyablement « trop fort ». Le chef d’équipe
belge a
donné ses instructions pour que nos cavaliers cherchent à se regrouper… Orfeo est a 1minute
de Chanice, Allel et Shannon à 2 min., Cap et Fidji à
3 minutes.
Kristel continue : « Je ne me tracasse pas, mon guide préféré va me
retrouver… Je suis entourée de français sur cette 2e boucle : Elodie Le
Labourier, Geraldine Brault, Jacques David, Barbara Lisarague, Celine Just, …
quelle compagnie pour une petite Belge. On avance bien, et je me demande ou mes
compatriotes sont. Après 15 km Karin revient sur moi, elle me dit que les autres
ne sont pas loin. On continue côte a côte derrière les français, Chanice a
reconnu son copain d’entrainement et veut faire la course avec Allel… Elle
devient plus excitée, elle me fait rire… On rentre au vet ou je la laisse dans
les mains de mon équipe, et j’admire à nouveau le travail ».
Pour les autres belges, tout se passe bien, un peu moins bien pour Orfeo qui,
excité, met
longtemps à redescendre et qui une fois rentré dans le vet est pris à 52. Mais
cela, c’est Orfeo quand il a la "knack".

10H40… Kristel repart en 2e position sur la 3me boucle avec Geraldine Brault,
avec toujours 18min de retard sur Tricia. Les rumeurs courent que celle-ci se
serait trompée de parcours, et qu’elle va être disqualifiée. Cette 3me boucle
est la plus dure, c’est là qu’il faut soit garder des réserves et temporiser
pour mieux attaquer ensuite ceux qui auront présumé de leurs forces, soit
attaquer si s’on se sent très très fort.
Kristel reste avec les Français qui ont apparemment eu la même idée qu’elle. Le
tempo se calme un peu… Après une dizaine de kilomètres Karin et Jean Louis
rejoignent Kristel. Kristel laisse aller, ne voulant pas que Chanice s’excite
encore en voulant jouer avec ses copains. Elle garde ses distances, Chan bien en
main, se contentant d’attendre les côtes pour profiter du pas accéléré de sa
jument pour revenir sur les autres.
Au pied du Mont St Pierre, il faut suivre toute la route pour arriver au sommet.
Le groupe monte au petit trot et se fait dépasser par une dizaine de cavaliers.
Qu’importe car la course est encore longue…
Kristel continue son récit : « Je regarde derrière, et je vois mon guide du
matin. Ca y est, Léo va prendre les commandements. Au dessus du mont, au point
d’assistance de l’organisation, les 4 belges regroupés, prennent une pause :
bien laisser boire les chevaux, arroser en abondance, Chanice broute même un
peu. Léo donne le signal, c’est reparti. Jean Louis sur ses talons, je suis avec
Karin derrière. Fidji n’arrive pas a galoper comme Orféo, et ca perturbe Chanice.
Désolé JL, je passe devant et me colle derrière Leo, c’est mieux, Chan se calme.
Le retour vers le stade se passe encore dans un rêve… la croupe d’Orféo est un
calmant pour Chanice il me semble : je peux en profiter sans réserve et je
laisse faire ».
Les belges passent tous sans incident le troisième contrôle. Le jeu des
récupérations a cependant échelonné les départs : Chanice, Orfeo, Fidji, Allel,
Cap, Shannon.
Kristel confie : « Au vet Pierre demande la suite, je dis que je
sens bien la jument, et la 4e boucle est toute plate, je veut continuer avec le
groupe de tête. Il est d’accord, on a toujours 4 chevaux de l’équipe en course,
il me fait confiance ».
13H26… ils sont repartis pour 20 km. Kristel est en 7e position. Tricia
continue sa course en tête, puisque les anglais ont fait appel de sa
disqualification. Meg Wade, Geraldine B et Elodie LL sont partis à 24, puis
Jacques D et Sheik Majid à 25. Kristel part avec la princesse de Jordanie et
Sheik Hamdan à ses trousses, suivie à quelque secondes par les cavaliers
français de l’équipe.
Kristel nous raconte : « Chanice vole, et à la traversée de la grande route,
je suis avec la tête de course. Et j’y reste : pile une heure plus tard nous
revoilà au stade, c’est incroyable, c’est bien une 160 ici ? En retraversant la
grande route, on a été témoin de la solution que le jury avait trouvé pour
Tricia : à quelque mètres de l’arrivé, elle devait prendre une boucle de 4km
dans l’autre sens pour mettre les kilomètres dans les jambes de son cheval. Il
ne voulait pas : il voulait rentrer avec nous… on lui a cassé la tête là-bas !
».

Plus possible d’arrêter Kristel : « Chanice met un peut plus de temps pour
récupérer maintenant : il lui faut presque 4 minutes pour descendre à 64, pais
le Ridgway est à 58… pas de soucis. La super-équipe est bien rodée, et le chef
d’orchestre a même le temps de me prendre dans ses bras. Je lui dis : c’est le
jour de ma vie. Il me sourit et on regarde la jument ensemble… t’as tes
chances…. ».
15H10…C’est reparti. 8e position pour Channice à 3 minutes de Meg Wade, 1
minute derrière Les Sheiks Hamdan, Majid et Ahmed, les français G B, E LL et JD.
Karin est à 1 minute, Léo déjà à 4…
Kristel : « Je me dis que je n’aurais pas mon guide pour cette boucle
difficile, va falloir me débrouiller seule…Je me lance, Chanice aussi frais
qu’au matin. En chemin pour St Jean au Bois, Karin viens galoper à mes cotés.
‘Qu’est-ce-qu’on fait’ demande-t-elle. Je dis comme j’ai dit à Pierre : ‘Chan
décidera, mais les côtes, je les fais au pas’. ‘D’accord, mais t’es sur que nos
chevaux sont capable de faire ce qu’on fait ?’ ‘ Si on n’essaie pas, on ne saura
jamais’. Elle rit, t’as raison qu’elle dit. Nous voilà déjà à St Jean, à partir
de là le travail commence. La première côte : Karin me regarde. Les français
continuent au trot, je dis moi pas. Je mets Chan au pas, Karin fait la même
chose. Les français regardent derrière et reprennent le pas aussi. Au dessus on
continue le train. On arrive au passage boueux, Karin me regarde. On ne prend
pas de risque je lui dis, calme toi. Les français passent dans la boue comme des
enragés, nous on reprend le pas. Au point d’assistance, Pierre est là. ‘Allez-y’
crie-t-il, ‘on peut les faire peur pour une médaille individuelle !’ Karin me
regarde, je souris, pourquoi pas ? On continue à 300m derrière les français,
Karin n’est pas rassurée. Allel ne semble plus si frais que Chanice. Ne t’en
fais pas, je lui dis, la côte des Beaux Monts on la fera au pas. Au pied de la
côte, on rattrape Sheik Ahmed, son cheval n’en veut plus. Accroche, je lui crie,
il essaie, mais n’arrive pas. On commence la monté, Allel veut rester avec
Horsik : c’est plus son rythme. Karin se fâche, et le met au trot. Elle me
dépasse au milieu de la côte, mais une fois devant, Allel reprend le pas. Chan
le dépasse avec sa souplesse de grimpeuse, et Karin désespère… Il n’arrivera
jamais au dessus !!! Je la calme, je laisse brouter Chan un peu au sommet. Voilà
Allel, il se colle dans la queue de Chan et on continue au trot. Une fois sur
l’allée des Beaux Monts, Allel ressemble avoir récupéré, et on reprend le galop.
Les français sont partis….
Je voulais rentrer calmement, mais Karin a peur que Allel ne veuille plus
avancer si on reprend le trot, on galope jusqu’à la ligne. Les chevaux
récupèrent bien, c’est plutôt dans la tête qu’Allel ne veut plus ».

Et Kristel de continuer son récit : « Pendant le repos de 50 minutes, Karin
vient me retrouver. Elle a peur. Je lui dis qu’elle ne part qu’une minute
derrière moi, elle n’a qu’a me rattraper au plus vite, et tout ira bien après.
Elle n’est pas rassuré…Je vais trouver Pierre, je lui explique le problème. Il
ne me croit pas que Allel n’en veut plus, il me dit qu’on sera ensemble… Je
doute. Je stresse : dois-je rester avec Allel pour assurer la médaille par
équipe, ou dois-je viser plus haut ? Chanice est toujours pleine de feu… On
verra… Je ne sais pas ».

17H42… départ dans 6 minutes. Ma tête tourne. Ma sœur me donne encore du
dextrose, elle me dit ‘ca ira comme tu veux’. Mais qu’est-ce que je veux ? Je
veux gagner ! Je ne suis plus moi-même. Départ dans 4 minutes. Je repasse devant
ma sœur, elle me redonne du dextrose et elle me sourit. Je me calme, on verra
bien, il peut se passer tellement de choses pendant les 21 km qui restent… 17h45
départ de Meg Wade, puis Sheik Hamdan. Une minute après, E LL part avec Sheik
Majid. Encore une minute et c’est G B qui se lance. Je me mets sur la ligne, on
compte les secondes pour moi, et c’est parti. Oui, Chan a compris, j’ai encore
tout dans les mains. J’entends le départ de J D à quelque secondes après moi, et
vite j’entends le cheval derrière. Je ne me retourne pas, on y va. Au Mont du
Tremble, on rejoint G B, seule. J D repasse devant moi, et consulte sa
compatriote : E LL et Sheik Majid se sont trompés, on est à 3 en 2e position. Là
je prends ma décision : j’essaie un podium. Au pied du Mont St Mard, E LL et son
Sheik reviennent, avec Karin derrière. Soulagement : on est à deux contre 3. Le
Sheik ne traine pas avec les européens, et va chercher son frère devant, on
laisse faire, c’est le podium européen qui nous intéresse. La monté devant nous
fait peur à Karin, je la rassure, c’est la dernière d’aujourd’hui. J D se met
devant, il prend le pas. Les 2 françaises le suivent, moi aussi. J’entends Karin
qui commence à encourager Allel, je regarde derrière : il ne veut plus. Tant
pis, je serais seule contre 3… va falloir la jouer intelligemment. Je décide de
taquiner les français : je laisse Chan monter la côte à son pas… on les dépasse
tous les 3. Sur le sommet, je prends le petit trot, comme ca J D me redépasse,
et j’accroche. Les 2 filles ne suivent pas. Voilà la descente. J D continue au
galop, je reprend et trotte gentiment, avec les filles dans mon cul. En bas,
Pierre est la, je crie ‘Allel ne suit plus’, et lâche Chanice. Sur 200m je
retrouve JD. Les filles ne suivent plus. On passe au trot dans la boue, les
filles reviennent. J D relance une 3e fois, Chan connait le jeu maintenant. Venu
à ses cotés, JD me dit ‘pas moyen de la larguer, cette belge’. Je rigole, je ne
dis rien. Une petite monté devant, et je laisse souffler Chan au trot, J D
attend ses copines. Au dessus, il essaye une dernière fois, mais j’accroche sans
problème. Il râle. Il arrête son cheval et le met à coté du chemin. J’ai
compris, je mets Chan devant, et on galope vers le point d’assistance. Je me
fais dépasser par E LL, qui freine devant… Moi pas d’accord de laisser récupérer
les français, je reprends la tète et lâche Chanice. Voilà les assistances. Je
crie : je n’arrête pas, laisse-moi aller. Mais ils ont eu des ordres : ils
prennent les rênes et font boire ma jument. Je râle, je me fâche, je crie… Et
voila les français qui arrivent. Je ne me sens plus, je jette Chanice dans la
foule et on part ventre par terre. Un tournant : je reprends, puis Chan repart.
Je regarde derrière : plus personne, je souffle. Deuxième tournant, je reprends.
Voila un cheval devant, tout ira bien. Chan va le chercher, c’est Sheik Majid.
Il sollicite son cheval, je laisse souffler Chanice derrière. Il met prend avec
jusque chez Meg Wade, China Doll me semble fatigué. Je dépasse et me retourne
vers Majid : je dis merci, et lui fait signe d’accrocher. Il a compris, il dit
oui. Je montre Georgat à Chanice et souffle dans ses oreilles ‘ vas-y’. Elle est
d’accord, elle y va. Je regarde Majid, mais il n’accroche pas, au loin
j’aperçois encore Meg Wade, et puis plus personne.
La distance entre Georgat et Chanice fond.
Je suis heureuse. Je veux pleurer et crier ma joie en même temps, mais je ne
fais rien.
On est derrière Hamdan maintenant, et je vois « 155km ».
Je caresse mon cheval et lui dit ‘on est championnes d’Europe, ma puce, tu
t’imagine ?’ elle s’en fout, elle galope finalement comme elle voulait faire
depuis le matin, on est heureuses. Puis Chan veut dépasser, je dis ‘ mais c’est
Georgat’ elle le fait quand même. Hamdan relance Georgat. Je me demande comment
les chevaux vont récupérer, et je reprends Chan : on revient à coté du Sheik. On
discute un peu, on se comprend.
Les dernières kilomètres côte à côte avec Georgat… quel bonheur.
Voilà le stade, voilà les supporters, le dernier tournant, Hamdan me regarde, il
lance le sprint. Je laisse Chanice, je ne pousse pas, je suis heureuse, je jouis
de l’instant, elles sont à moi toute seule ces quelques petites secondes…
tic…tac…tic...tac... et je les grave dans ma mémoire ».

Derrière les belges ne savent pas encore ce qui s’est passé mais la rumeur a
déjà parcouru les assistances sur la piste. Orfeo et Nabab de Celine Just
naviguent de concert. Ils rattrapent Allel avec une Karin désespérée. Leo lui
crie de s’accrocher, ce qu'elle fait, mais l’allure est trop rapide et elle
décroche après quelques centaines de mètres. Orfeo en veux encore et encore ; il
doit se rappeler son final d’il y a deux ans le bougre. En vue de la ligne,
Nabad est déjà loin. Joie et congratulations sans savoir que la suite ne sera
pas de l’eau de rose mais plutôt du roman noir. Allel arrive beaucoup plus tard,
comme au galop ralenti.
Passage au contrôle véto pour Orfeo et Allel pratiquement en même temps. Pierre
accompagne Allel. Orfeo est pris au cardiaque puis on lui demande de trotter
devant les 3 vetos ; il trotte bien. Le véto vérifie les paramètres métaboliques
et stupeur, demande de faire retrotter Orfeo ; Christian et Léonard se regardent
et Christian retrotte le cheval. Ils votent et déclarent le cheval boiteux.
Terrible désillusion.
Allel est déclaré bon. Il reste à attendre l’arrivée de Fidji. La voilà. Après
récupération, elle se présente au trotting, la décision des vétérinaires est
positive.
La Belgique est championne d’Europe par Equipe.
Les deux médailles d’or dans notre escarcelle, et cela sans aucune discussion
possible. Que du beau travail.
Les deux autres chevaux belges, courrant en individuel (mais il fallait bien
faire un choix) arrivent un plus tard dans un bon rythme. Captivator d’abord,
Shannon ensuite. Ils passeront tous les deux le contrôle final sans encombre
pour finaliser la magnifique prestation de la Belgique.

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Dernière modification le
17/08/07