Les huitièmes Championnats du Monde d'Endurance équestre à Compiègne furent sans conteste une grande réussite au niveau de l'organisation , de l'ambiance générale et des performances sportives. Si l'édition 98 organisée de main de maître par les Emirats Arabes Unis restera encore longtemps dans les mémoires de ceux qui y ont participé, Compiègne a permis aux participants de retrouver convivialité et camaraderie grâce entre autres à de somptueuses infrastructures et ce malgré les prophéties alarmantes qui ont précédé l'événement.
Cent quarante deux cavaliers représentant trente-quatre nations étaient au départ; comme favoris français, américains et émirats paraissent incontournables mais certaines nations n'avaient pas hésité à s'y présenter pour leur premier championnat comme par exemple l'Estonie, la Roumanie, la Hongrie ou le Turkménistan dont le cavalier en costume traditionnel a fait sensation lors du défilé inaugural.
Côté belge trois cavaliers d'expérience (P.Arnould, D. De Ré et L.Liesens) étaient accompagnés de Jacques Arnould, Gaëlle Cuisenaire et Raoul Ronsmans qui participaient ainsi à leur premier championnat du monde senior.
Si en théorie la Belgique avait les moyens humains et équins pour défendre son titre de meilleure nation européenne conquis il y a deux ans à Dubaï, la préparation et le management de notre équipe ont laissé découvrir de nombreuses lacunes qui ont fortement compliqué la tâche.
A 06 h, 142 chevaux s'avancent plus ou moins calmement vers la ligne de départ. Comme prévu, la course démarre à fond, beaucoup de cavaliers, dont Léo, cherchent à se positionner en tête pour éviter bousculades et bouchons; on s'attend à une course rapide à plus de 18 km/h, certains parlent même d'une moyenne supérieure à 20 km/h malgré un parcours très technique, de longs tronçons galopants entrecoupés de montées très raides. Les vets 1, 2, 4 se déroulent à Compiègne, les 3 et 5 à Pierrefonds, les chevaux devront donc emprunter huit fois la longue (3 km) et large (100 m) allée herbeuse des Beaumonts : dur pour le moral.
Alors que la tête de course boucle le premier tronçon de 33,5 km à 17,5 de moyenne, déjà 14 concurrents sont hors course. En tête, plusieurs cavaliers français qui ne concourent pas en équipe impriment leur allure parmi un groupe d'une dizaine de cavaliers. A quelques minutes un peloton, dans lequel on découvre entre autres Liesens, Miletto et des cavaliers des émirats, garde le contact : le vainqueur se trouve certainement parmi cette vingtaine de concurrents.
Au 2me vet, après 55 km de course, Philippe Tomas et Lunatique se présentent en tête à 18 km/h de moyenne : 12 nouveaux éliminés avant d'entamer les 30 km qui conduisent à Pierrefonds, étape commune à la cinquième et annoncée comme la plus difficile. Le soleil est déjà bien présent et les cavaliers redoutent son ardeur que l'on prédit redoutable.
Si en tête l'allure ne faillit par (+/- 17 km/h) on constate que la vitesse est inférieure aux prévisions, preuve que le parcours est plus difficile que les reconnaissances ne l'ont laissé croire. Les derniers concurrents n'ont pas le loisir de lambiner car, pour la première fois, les cavaliers ne peuvent se présenter aux contrôles si leur moyenne cumulée est inférieure à 12 km/h.
Au 3ème vet, premier coup de tonnerre : Kavavy doit se retirer sur boiterie alors qu'elle était dans le groupe de tête, Stéphane Fleury l'imite.
Le quatrième tronçon ramène les cavaliers à Compiègne : 30 km. Il fait très chaud et sous l'action du soleil l'humidité emmagasinée dans le sol les jours précédents perturbe la fonction respiratoire des chevaux qui ventilent énormément.
Après le 4ème vet, km 111, 64 chevaux sont déjà hors course ! Léo est toujours en attente derrière les leaders; il fait route avec Brigitte Préveiraud. Freesia, Faris et He Daar marchent de concert à une moyenne cumulée de 13,4, Opalina qui souffre énormément de la chaleur est un peu plus loin. Lors de ce 4ème tronçon, Dominique De Ré préfère retirer Cassandra qui a mis beaucoup de temps pour entrer au 3ème vet et qui semble ne plus avoir le moral.
Le plus dur reste à venir car il faut emprunter de nouveau le redoutable 3ème tronçon qui passe par les monts Collet, St Pierre et 2 X le St Marc. Certains implorent le ciel pour que les orages annoncés le matin viennent enfin rafraîchir leurs chevaux.
En tête Miletto, Perringérard, Payen, trois françaises, et l'australien Parker s'élancent pour le sprint final : ces quatre cavaliers sont dans un mouchoir : 3' séparent Dynamik de Varoussa. Ph. Tomas est à 16' et ne peut plus se mêler à la lutte pour la victoire; l'espagnol Casas le suit à 8', Sheik Rashid est à27 " , viennent ensuite Casas puis Liesens, Préveiraud eet Sheik Hamdan.
Miletto et Perringérard se sont isolées en tête et entrent ensemble sur l'hippodrome où les deux amies vont offrir peut-être l'image la plus forte de ces championnats : terminer en se tenant la main. Malheureusement le règlement n'admet pas d'ex aequo et la photo-finish déclarera Varoussa vainqueur. Deux minutes plus tard D. Payen vient compléter le triomphe français en s'emparant du bronze : et un, et deux et trois zéro !!! Parker termine quatrième à 7' des premiers. Pembac n'a pu résister à la fougue des tricolores.
Tomas et Casas terminent au sprint à 1h08 des vainqueurs : en 20 km ils ont perdu 50 minutes, payant leur débauche d'énergie d'un début de course dont Tomas a été le principal animateur.
Les deux Maktoum sont en compagnie du couple belgo-français mais refusent de prendre les relais. Les cavaliers européens essayent de les décrocher, repassent au pas pour les faire passer : inutile, les deux Maktoum restent collés à leurs basques, obéissant peut-être aux directives de leur père qui les retrouve de points en points accompagné d'un essaim de véhicules d'assistance.
Subitement, au pied de l'Allée des Beaumonts, Rashid passe en tête et accélère, Hamdan prend sa foulée, suivi d'Amélie et d'Orféo : le rythme augmente, le sprint est lancé à plus de 4 km de l'arrivée.
Peu avant l'hippodrome Orféo remonte en seconde position, et, au goulet d'entrée, fait l'intérieur à Diango; Léo l'encourage de la voix, le petit bai bondit et prend la tête. Amélie et Kelkette sont distancés; le sprint est fabuleux, le public debout encourage les chevaux. Sheik Rashid et le champion d'Europe 99 devancent Orféo d'une demi-tête. Ils terminent à 1' de la cinquième place qui leur était accessible si les arabes avaient coopéré
la dernière boucle. Moyenne générale d'Orféo : 15,12.
Moins d'une heure plus tard Freesia et Pierre Arnould enlèvent une superbe 19ème place (moyenne de 14 km/h). Contrat plus que rempli pour la jeune jument (7 ans) des Iviers qui termine ici sa seconde 160; elle a fait preuve d'impressionnantes facultés de récupération à chaque vet.
Raoul Ronsmans se classe 34ème (moyenne 12,54), dommage pour la Belgique car son classement nous aurait valu une médaille. Sa course toute en sagesse laisse présumer de belles perspectives d'avenir pour He Daar.
Mis à part le contexte particulier dans lequel la Belgique à vécu, ce championnat fut pour nous une réussite : 6ème au classement par pays (23 nations) c'est un résultat positif vu les moyens engagés. Orféo confirme ses énormes qualités et sa progression constante : où va-t-il s'arrêter ? Freesia des Iviers représente plus qu'un espoir pour l'endurance belge et He Daar devrait devenir l'un des piliers de notre sélection; les raisons de l'élimination d'Opalina sont connues, la jument, suite à un problème de jeunesse, éprouve de grosses difficultés dès que la chaleur est trop présente; Faris a dû se retirer suite à un second Ridgeway insuffisant (peut-être la nervosité du départ), les vétérinaires hésitant longtemps avant de mettre le cheval hors course; recontrôle quelques minutes plus tard, Faris présentait des paramètres tout à fait normaux. Le bilan sportif est donc plus que positif, reste maintenant à gérer ce capital; c'est une autre histoire !
Ce championnat a donc vu le triomphe des français, l'échec plus surprenant des américains (2 chevaux sur 6) ainsi que celui des Emirats (2 chevaux sur 6, aucune médaille) malgré des moyens colossaux : c'est peut-être la confirmation de ce que tout le monde chuchote, il ne suffit pas de posséder les meilleurs chevaux, encore faut-il savoir les utiliser : le couple Léo/Orféo est la meilleure illustration de cette vérité.