Ah, ils sont pas comme
nous les ricains. Ici l'ambiance est à l'entraide et bon enfant. Les chevaux
sont jolis, grands pour la plupart et bien faits. Qu'est-ce qu'ils trottent les
américains, même sur des portions faciles où le canter leur ferait gagner une
énergie précieuse et aussi du temps. Ils trottent ou galopent, puis parfois
s'arrêtent et repassent au pas... Il subsiste ici une bonne éthique : on demande
le passage, on attend que le dernier du groupe ait bu avant de repartir. On
parle aux vétos aussi, on demande conseil si une chose semble alarmante, ils
sont là pour aider en fait. Ils sont enveloppés aussi, enfin beaucoup d'entre
eux... normal avec ce qu'ils mangent... Dès que vous jetez un peu d'ail dans une
casserole, ils appellent cela du 'gourmet cooking'; bref pas difficile de leur
faire plaisir et même de les étonner.
On achète ici un PSA pour moins de 1000 US$, mais par contre on le transporte dans un 'trailer' grand luxe. Chez nous on transporte des chevaux chers dans des trailers à 5000 €. Les chevaux sont parfois aussi ferrés bizarre : des easy boots appliqués au dessus des fers pour toute la course, des sneakers, des natural balance shoes.
Pas de bouteilles, ni d'assistance... il y a de l'eau sur la piste et chacun a une éponge ('to sponge or not to sponge') ou/et une sorte de bouteille de Javel coupée de travers, laissant la poignée... Tous ces machins attachés à la selle, en plus de l'indispensable easyboot et des fontes en plastique contenant les deux bidons d'eau pour le cavalier... Imaginez toutes ces choses qui balancent au trot, sans compter ce qui balancent plus haut chez ces dames qui parfois sont un peu enveloppées...
On trotte les chevaux un peu au hasard ici, on tourne avec le cheval à l'extérieur, sur les jarrets. Les premiers pas sous la houlette FEI sont parfois un peu basés sur une application à la lettre du règlement : on m'a pesé trois fois (départ, 50miles, arrivée) alors que visiblement ma selle et moi nous accusons plus de 80Kgs.

Vendredi 30 mai : La météo nous avait annoncé des orages. Encore une fois, l'arrivée d'un belge dans le désert a amené la pluie. Il nous est même tombé des grêlons sur la tête. L'orage de la nuit a heureusement mouillé toute la poussière et rendu les pistes particulièrement douces aux sabots des chevaux.
Samedi 31 mai : Départ à 4heures du matin pour tenter de couvrir un maximum de terrain avant les chaleurs. Vingt cavaliers ont pris le départ pour une première boucle de 20 miles de nuit sur un parcours jalonné de 'Glosticks' tous les 50 mètres. La plupart des chevaux sont aussi équipés de 'Glosticks' sur le collier de chasse. Personne ne porte de 'flashlight' sur le casque. Nous avons décidés Steph et moi d'avancer de concert et de partir 5 minutes derrière le peloton afin de conserver des chevaux calmes. Nous en serons récompensés. Première boucle effectuée à l'aise, sans énervement et en veillant à éviter les pièges du parcours. Rhett, le cheval de Steph, a des temps de récupération beaucoup plus lents(8 à 9 min par rapport à 2 min) que Santini , mon cheval, mais nous nous attendons.
Au terme de la troisième boucle, au Mile 50, nous avons déjà rattrapé et dépassé quelques cavaliers. Nos chevaux sont toujours dans une bonne cadence, calmes et Santini est encore largement en deçà de ses capacités. Le leader est loin devant à plus d'une heure mais le but n'étant pas de gagner mais de se qualifier pour la PanAm, nous ne nous en préoccupons pas.
La chaleur commence à se faire sentir. Sur les sommets des plateaux, une gentille brise nous rafraîchit, mais dès que nous entrons dans un creux ou bizarrement à certains endroits du désert - difficile de déterminer une constante - la chaleur devient accablante et les chevaux ont du mal et ventilent beaucoup. Nous bouclerons la quatrième partie plus rapidement que tous les autres cavaliers, ce qui nous permettra de refaire une partie de notre retard et de rattraper quatre autres chevaux. A ce stade de la course, Beverly Gray qui monte son deuxième cheval (de l'équipe des USA à Jerez) est éliminée pour boiterie.

Au contrôle du quatrième vet, Rhett, le cheval de Steph, montre des signes de faiblesse par rapport à la chaleur et met plus de temps à récupérer. Il doit être représenté pour un re-check avant de repartir sur la cinquième boucle. Le cheval a bien récupéré et passe le contrôle sans problème mais Steph décide de ralentir l'allure pour aller au bout des 100 miles. Santini, mon cheval, n'éprouvant aucun problème à récupérer, nous continuons au même rythme et revenons à 15 minutes des premiers à l'attaque de la dernière boucle. Steph, de son côté, continue son petit bonhomme de chemin avec Rhett qui petit à petit, avec l'orage qui s'annonce, retrouve son allant.
Au départ de la dernière boucle, s'amène John Teeter, le
visage blême. Il explique qu'une alerte à la tornade a été donnée sur la petite
localité toute proche d'Oreana. S'ensuit une excitation sans pareil : les
américains qui connaissent ce genre de phénomène climatique, lâchent les chevaux
qui étaient dans les corrals et les mettent au pré, là où ils ne risquent pas de
se blesser. Tout est rentré dans les trailers, les fenêtres sont ouvertes pour
permettre l'évacuation de la pression qui ferait éclater les vitres.
C'est à ce moment que l'on me permet de repartir. La piste monte vers le plateau, avec les sommets enneigés à près de 9000 pieds au loin. Les nuages s'accumulent sur les montagnes, le ciel est plombé, la pluie ou les grêlons tombent sur les montagnes, il me semble voir quelque chose qui pourrait ressembler à une tornade, mais on est en course et de toutes façons, mieux vaut ne pas s'attarder. A la moitié de la boucle, très loin, au bout de la ligne droite, sur une colline, les premiers sont en vue, peut-être à 6 ou 8 minutes. Mais ils se tirent apparemment la bourre pour la victoire et il n'est pas utile d'essayer de les rattraper.
Nous finirons cinquième, Santini frais comme un gardon et impressionnant ensuite aux allures et à la présentation de la meilleure condition. Les temps d'attente forcés aux vet gates - en attendant Rhett - nous donnent trop de points de retard. Tant pis. La qualification pour la PanAm est acquise, le cheval a gardé des réserves et même son brillant, il sera aussi parfait le lendemain. Mission accomplie.
Steph et Rhett finiront la course dans d'excellentes conditions, finalement pas si loin que cela. La hantise de se faire éliminer pour une raison métabolique était bien visible. Ici c'est presque une honte de se faire éliminer pour ce genre de raison qui fait immédiatement penser à un irrespect du cheval et un manque de 'horsemanship'. Devoir faire perfuser son cheval est ici perçu comme la pire des humiliations. Autre continent, autre approche.
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Dernière modification le
17/08/07